Salut à toi,
Il y a une phrase que j'entends souvent.
"Les Chinois vont vite."
Après trois semaines ici, je ne suis pas certain que ce soit vrai. Enfin... pas exactement.
Je crois qu'on confond souvent vitesse et efficacité.
La vitesse consiste à faire les choses plus rapidement. L'efficacité consiste à supprimer les étapes inutiles.
Et c'est probablement la plus grande leçon que je ramènerai de ce voyage.
L'efficacité est invisible
Ma première fois en Chine, c'était en 2023. J'avais dû préparer un dossier complet pour obtenir le visa : formulaires, photos, justificatifs, rendez-vous au consulat. Un processus long, un peu stressant, avec l'incertitude de savoir si tout serait validé à temps avant le départ.
Depuis novembre 2023, les Français n'ont plus besoin de visa pour un séjour de moins de 30 jours. Une étape entière supprimée. Et ça change quelque chose, pas seulement dans la logistique : ça change la façon dont on envisage le voyage.
Ma deuxième fois, c'était en 2025, dans une école de kung-fu dans le Henan. Cette fois, c'est la troisième.
Et à chaque retour, j'observe davantage. Pas les monuments. Pas les gratte-ciel. Les gestes du quotidien.
Comment les gens prennent le métro. Comment ils commandent un café. Comment ils paient. Comment ils récupèrent un colis.
À force d'observer, j'ai remarqué un point commun : chaque action demande étonnamment peu d'effort. Pas parce que les gens vont plus vite. Parce qu'ils ont moins de choses à faire.
Et le plus intéressant, c'est qu'on ne remarque pas l'efficacité. On remarque seulement l'absence de friction.
Personne ne dit "waouh, c'était efficace." On pense simplement : "c'était simple."
Quand un système fonctionne bien... tu oublies qu'il existe.
C'est probablement la meilleure définition de l'efficacité que j'ai trouvée.
Dès mon retour, un téléphone suffit à tout
C'est ma troisième fois ici, et la réadaptation a été quasi immédiate.
Mon téléphone est redevenu mon portefeuille, mon titre de transport, mon traducteur, mon plan de ville, ma réservation de train, mon billet, ma carte de fidélité.
Tout passe par WeChat. Un QR code, et c'est réglé. Restaurant, métro, location de vélo, commande, paiement.
En Europe, pour faire la même chose, on ouvre souvent une application, puis une autre, puis un navigateur, puis un mail. Ici, tu scannes. C'est terminé.
Ton cerveau économise de l'énergie. Ce n'est pas que les gens vont plus vite. C'est qu'ils ont supprimé les étapes entre eux et ce qu'ils voulaient faire.
Les gares m'ont fait réfléchir
Les gares chinoises sont grandes. Parfois très grandes. Des espaces qui pourraient facilement désorienter.
Pourtant, je ne me suis jamais senti perdu. Même sans comprendre le mandarin.
Les informations arrivent au bon moment. Les contrôles sont intégrés au parcours. La signalétique est claire, même pour quelqu'un qui ne lit pas un seul caractère chinois. Des milliers de personnes. Peu d'attente. Peu de confusion.
L'objectif n'est pas d'aller vite. L'objectif est que personne n'ait besoin de se poser de questions inutiles.
Et ça change tout.
Le meilleur système est celui qu'on oublie
À un moment, je me suis demandé pourquoi cette façon de faire me parlait autant.
Puis j'ai compris : c'est exactement ce que j'aime dans mon métier.
Quand une équipe QA fonctionne bien, les développeurs ne pensent presque plus aux tests. Pas parce que les tests n'existent pas. Parce qu'ils sont intégrés au bon endroit, au bon moment, sans friction supplémentaire.
Quand un besoin est clairement défini, les Product Owners passent moins de temps à expliquer. Quand un processus est bien conçu, les erreurs diminuent naturellement.
Le meilleur système n'est pas celui qui fait faire plus de choses. C'est celui qui retire des étapes inutiles.
Cette idée, je la retrouve partout. Dans les gares chinoises. Dans une bonne équipe tech. Dans une routine de vie qui tient sur la durée.
On adore ajouter
En entreprise, dès qu'un problème apparaît, on ajoute souvent quelque chose.
Une réunion. Un document. Une validation. Une procédure. Un outil. Une checklist.
Rarement quelqu'un pose la question inverse : qu'est-ce qu'on pourrait supprimer ?
L'exemple le plus radical reste peut-être celui d'Elon Musk lorsqu'il a racheté Twitter en 2022. En quelques mois, il a supprimé 80% des effectifs, soit plus de 6 000 personnes sur 8 000. La plateforme X tourne toujours.
On peut avoir des avis très différents sur la méthode. Mais la question qu'il posait était exactement celle-là : qu'est-ce qui est vraiment nécessaire ?
Parce qu'un bon système n'est pas celui qui fait faire plus de choses. C'est celui qui évite d'avoir à les faire.
Je me suis posé la question pour Vivi Tofu
En observant la Chine, j'ai réalisé que je tombais parfois dans ce même piège.
Depuis quelques mois, j'ai tendance à ajouter. Une nouvelle idée. Une nouvelle routine. Un nouvel outil. Un nouveau format de contenu. Parce que l'addition paraît toujours productive.
Mais est-ce que chaque ajout rend vraiment le système plus solide ? Ou est-ce qu'il ajoute juste une étape supplémentaire à gérer ?
En rentrant à Chiang Mai, je vais regarder Vivi Tofu différemment. Pas en me demandant ce que je peux ajouter. En me demandant ce que je peux enlever pour que ce qui reste fonctionne encore mieux.
La newsletter qui part chaque semaine sans que je sois stressé le samedi soir. Les posts LinkedIn qui s'écrivent sans que ça me coûte une demi-journée. Les appels clients qui se passent bien parce que le cadre est clair dès le départ.
Ces choses-là n'arrivent pas en ajoutant. Elles arrivent en simplifiant.
Ce que je retiens vraiment
Je pensais revenir avec des photos.
Je reviens surtout avec une idée.
L'efficacité n'est pas une question de vitesse. C'est une question de simplicité. Les meilleurs systèmes ne te demandent pas d'aller plus vite. Ils te demandent moins d'efforts.
Et cette idée dépasse largement la Chine. Elle vaut pour une entreprise, pour une équipe QA, pour une activité, pour une vie.
Avant de te laisser, un petit exercice.
Pense à quelque chose que tu fais toutes les semaines. Au travail ou chez toi.
Demande-toi simplement : quelle étape pourrais-je supprimer ?
Pas optimiser. Pas accélérer. Supprimer.
Tu serais surpris du nombre de choses que nous faisons uniquement parce qu'elles ont toujours existé.
À dimanche prochain,
Vivi
P.S. Si cette lettre t'a parlé, transfère-la à quelqu'un qui passe ses journées à en faire toujours plus. Parfois, la vraie question est dans l'autre sens. Lien d'inscription : vivitofu.com/subscribe
P.P.S. Dans la prochaine lettre, je serai de retour à Chiang Mai. J'ai hâte de voir si certaines observations chinoises vont changer ma façon de construire Vivi Tofu... ou si elles vont surtout confirmer ce que je cherche à simplifier depuis le début.